Lecours_fr-300x300André Lecours
École d’études politiques
Université d’Ottawa

Juillet 2014


Le Canada est un cas d’étude traditionnel des dynamiques politiques dans les sociétés multinationales (Keating, 2001; Gagnon et Tully, 2001; Burgess et Pinder, 2007). Le nationalisme québécois est évidemment la force majeure derrière toute une littérature examinant les tensions intergouvernementales ayant marqué la vie politique canadienne depuis la Révolution tranquille. Dans la littérature produite par les intellectuels Québécois francophones, l’accent est invariablement mis sur les résistances canadiennes aux demandes de réformes constitutionnelles et politiques des gouvernements québécois (Seymour 2001; Gagnon, 2008). En d’autres termes, l’objectif est d’expliquer comment et pourquoi le Canada ne fonctionne pas, l’échec des négociations constitutionnelles et la tenue des deux référendums sur la souveraineté étant vu comme un clair constat d’échec. Les travaux des politologues canadiens-anglais sur les relations Québec-Canada, regroupés au sein d’une littérature plus large sur le fédéralisme canadien, sont évidemment moins négatifs mais ils ne cherchent typiquement pas à expliquer le succès canadien (Stevenson, 2009).

Cette conclusion n’est pourtant pas farfelue. À la veille du référendum en Écosse, l’idée qu’une consultation populaire sur l’indépendance représente nécessairement l’échec d’un État et de ses modalités d’accommodement paraît moins valide qu’elle ne semblait l’être dans le contexte des référendums québécois. Le Canada ne connaît pas les blocages politiques de la Belgique où le conflit communautaire rend difficile la formation de gouvernement. Il semble aussi en bien meilleur situation que l’Espagne qui confronte une recrudescence du nationalisme catalan et son glissement vers des tendances sécessionnistes avec un refus d’accepter la tenue d’un référendum sur l’avenir politique de la Catalogne.

La question des causes du succès canadien mérite donc d’être posée. Elle a une grande importance théorique puisque la ‘recette’ pour la survie des États multinationaux libéraux et démocratiques n’est pas claire. Cette question est aussi vitale en termes de politiques publiques puisque la plupart des États en processus de transition démocratiques sont constitués de sociétés complexes et doivent donc trouver des formes de pratiques et d’arrangements permettant à différentes populations de vivre ensemble.

Ce texte est divisé en trois sections. Dans la première section, je dégage de la littérature les diverses stratégies utilisées par les États libéraux et démocratiques pour gérer le multinationalisme. Dans la deuxième section, j’examine comment le Canada s’est servi de ces différentes stratégies afin d’accommoder le Québec depuis la Révolution tranquille. Dans la conclusion, j’amène une perspective comparée sur le cas canadien.

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