quebec-canadaLysiane Gagnon

La Presse
12 mai 2011

Beau résultat: le Québec se retrouve plus isolé que jamais, en rupture de ban avec le parti qui sera au pouvoir pour les cinq prochaines années. La représentation du Québec à la table des ministres sera plus faible que jamais, et la région montréalaise encore privée de porte-parole.

Même si, comme on peut le prévoir, le gouvernement Harper gouvernera au centre droit plutôt qu’à droite, bien des Québécois ne se reconnaîtront pas dans plusieurs de ses politiques, d’autant moins qu’elles lui seront expliquées en anglais, par des ministres unilingues, ou par des ministres québécois juniors qui feront office de traducteurs.

C’est la première fois depuis Diefenbaker (1958-1963) qu’un gouvernement majoritaire est élu sans l’appui du Québec – on pourrait presque dire, contre le Québec, tant l’opposition au PC a été massive. Cela se fera sentir constamment, et les occasions de crises ne manqueront pas. La première se produira quand le gouvernement augmentera le nombre de circonscriptions dans l’Ouest et en Ontario, une mesure rationnelle et juste en raison de l’évolution démographique, mais dont le corollaire sera de diminuer le poids relatif du Québec.

À vue de nez, le fossé s’est élargi et l’on pourrait dire que la rupture est consommée. Si les Québécois étaient du genre à se brancher, la table serait mise pour la sécession.

En ce sens, le Bloc québécois peut dire: «Mission accomplie». Son objectif n’était pas de faire la souveraineté, mais d’élargir le fossé, d’accroître le sentiment d’aliénation des francophones québécois par rapport au reste du Canada… et aussi de provoquer de l’hostilité contre le Québec au Canada anglais.

Le legs des 20 années du Bloc est énorme. En enfermant le Québec dans une mentalité de camp retranché, il lui a fait perdre les réflexes élémentaires qui sous-tendent l’appartenance à une fédération, soit la capacité de comprendre l’autre (et les autres), de négocier, d’échanger, de faire des compromis, de pratiquer le «give and take».

Même si, comme c’est probable, les Québécois n’opteront pas pour la souveraineté, le fédéralisme est mort au Québec, dans la mesure où une grande partie de la population, ayant internalisé la mentalité bloquiste, est devenue incapable de concevoir le reste du Canada autrement que comme une entité totalement étrangère dont on n’attend que quelques avantages matériels qui, par définition, ne sont jamais jugés suffisants.

C’est cette mentalité qui explique l’extraordinaire naïveté des commentateurs qui s’imaginent que le NPD, parce que son chef est gentil et qu’il a une grosse représentation québécoise, va défendre «d’abord et avant tout» les intérêts du Québec. Pareille méconnaissance de la nature d’une fédération et des rouages des partis fédéraux est proprement sidérante. Le Bloc est mort, mais sa philosophie reste bien vivante.

Certes, le gouvernement Harper tentera de faire le maximum avec le peu qu’il a au Québec. Aucun gouvernement ne peut se permettre d’ignorer une province qui compte 75 sièges. Il pourra peut-être réussir à gagner quelques élections complémentaires, si quelques-uns, parmi les députés instantanés du NPD, décident de retourner aux études ou trouvent Ottawa pas assez branchée et le parlement trop ennuyant… mais j’imagine qu’on y pense à deux fois avant de démissionner, lorsqu’on gagne 157 000$ par année (seulement 18 000$ de moins que le premier ministre du Québec!) et qu’on sait qu’on ne trouvera jamais un job pareil dans la vie civile.

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