andre_pratteAndré Pratte

La Presse 
Éditorial, 6 juin 2009

Au Québec, le mot «fédéralisme» a une connotation négative. Même si, selon les sondages, 60% des Québécois voteraient non à un référendum sur la souveraineté, peu d’entre eux se définissent ouvertement comme «fédéralistes». Le fédéralisme est associé par plusieurs à un gouvernement fédéral centralisateur, à la déception engendrée par de pénibles épisodes de notre histoire politique, au scandale des commandites, etc.

On a fini par oublier que le fédéralisme est fondé sur des valeurs et des principes nobles. Tout comme l’indépendance, le fédéralisme est un idéal. Sa réalisation concrète est évidemment pleine d’imperfections. Il arrive que le fédéralisme échoue dans son oeuvre de coexistence de communautés distinctes (pensons à la Belgique); le projet n’est pas disqualifié pour autant. Et il continue de séduire: le Royaume-Uni et l’Italie ont adopté plusieurs caractéristiques d’une gouvernance fédérale au cours des dernières années.

C’est avec cet idéal à l’esprit qu’une cinquantaine de personnes se sont réunies hier matin à Montréal pour fonder L’Idée fédérale, un réseau québécois de réflexion sur le fédéralisme. (L’auteur de ces lignes est parmi les initiateurs du projet.)

L’Idée fédérale est un réseau non partisan regroupant des gens de divers milieux et allégeances qui croient aux principes du fédéralisme, notamment comme système de gouvernement au Canada. Le groupe cherchera à stimuler la réflexion et les échanges entre ces personnes, par exemple en publiant des études et en organisant des conférences.

Le réseau a dévoilé les résultats d’un sondage CROP sur la perception qu’ont les Québécois du fédéralisme. Réalisée en avril, l’enquête révèle que les Québécois perçoivent favorablement certains aspects du principe fédéral et de sa mise en oeuvre au Canada. Par exemple:

60% des répondants sont d’accord avec l’énoncé suivant lequel «dans une fédération, l’existence de deux paliers de gouvernement – fédéral et provincial – permet aux citoyens (…) de profiter de la concurrence entre les deux paliers»;

67% des Québécois interrogés estiment que «le fédéralisme permet aux Québécois de bénéficier des avantages de l’appartenance à un plus grand ensemble tout en préservant leur spécificité culturelle».

Par contre, à certains égards, leur vision du système fédéral s’apparente à celle des indépendantistes. Ainsi:

Les trois quarts des participants pensent que «dans une fédération, l’existence de deux paliers de gouvernement provoque des inefficacités et des dédoublements»;

48% des Québécois sont convaincus que le gouvernement du Canada est «surtout au service des Canadiens anglais».

Ceux qui croient que le Québec est mieux à même de se développer au sein de la fédération canadienne ne peuvent donc pas se reposer sur leurs lauriers. Si aujourd’hui une majorité des Québécois s’oppose à l’indépendance, son adhésion à la fédération canadienne paraît fragile.

Le débat se poursuivra bien sûr au niveau politique; le réseau L’Idée fédérale se tiendra loin de ces luttes partisanes. Toutefois, il espère faire oeuvre utile en offrant aux fédéralistes québécois un lieu de discussion sur les principes, l’évolution et les défis du fédéralisme, au Canada et dans le monde.

Au Québec, le mot «fédéralisme» a une connotation négative. Même si, selon les sondages, 60% des Québécois voteraient non à un référendum sur la souveraineté, peu d’entre eux se définissent ouvertement comme «fédéralistes». Le fédéralisme est associé par plusieurs à un gouvernement fédéral centralisateur, à la déception engendrée par de pénibles épisodes de notre histoire politique, au scandale des commandites, etc.

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