quebec-1Jocelyn Coulon
Membre du comité exécutif de L’Idée fédérale

Le Devoir – 18 août 2011
Libre opinion

À la suite de la débâcle électorale du Bloc québécois le 2 mai et de la crise interne au sein du Parti québécois, un groupe d’indépendantistes vient de publier un manifeste afin de relancer l’idée de la sécession du Québec. Le texte est intéressant à plusieurs égards. Malheureusement, son message visant à mobiliser les forces indépendantistes est empreint d’un misérabilisme qu’on croyait dépassé depuis longtemps.

L’indépendance du Québec est une option tout à fait respectable. Ceux qui y adhèrent ont le devoir de la défendre avec clarté et de la promouvoir pour ce qu’elle apporte au Québec et non en opposition au Canada. Une telle position a le mérite de l’honnêteté et de la transparence. Or, depuis 40 ans, le discours indépendantiste — du moins celui du Parti québécois — manque et d’honnêteté et de transparence. Les questions référendaires de 1980 et de 1995 révèlent le refus d’affronter clairement les Québécois pour leur demander directement s’ils veulent ou non l’indépendance du Québec. Quant au projet, il est essentiellement un argumentaire de ressentiment envers le Canada. Il se construit en opposition à l’autre, comme si cela pouvait être le ressort essentiel d’une rupture en régime démocratique.

Le manifeste publié mardi fait en partie écho à cette analyse, et c’est tout à l’honneur de ses auteurs. Il prend acte du caractère pernicieux de la stratégie péquiste où on attend «une crise avec le Canada» pour faire «gonfler l’appui populaire à la souveraineté». On ne cherche plus à convaincre les Québécois du bien-fondé du projet, on espère plutôt «un ressentiment, une réaction contre le Canada». Pour les auteurs, le pays du Québec «se ferait contre un autre plutôt qu’un pays qui se ferait par lui-même, pour lui-même et de lui-même». La conséquence est inévitable: «Voilà un autre excellent moyen de détourner la population du projet souverainiste», écrivent-ils.

Incapables de poser une question claire et obligés de susciter la rancoeur envers le Canada pour pouvoir exister, les indépendantistes ont épuisé la patience des Québécois. Il n’est donc pas étonnant que l’option soit en déclin et qu’une large majorité de Québécois ne s’y intéresse même plus.

Ce diagnostic posé, les auteurs proposent une démarche visant à sortir le Québec de son «avachissement» à travers une série d’assemblées constituantes et de résolutions dont l’objectif est de dessiner les contours politiques et sociaux d’un pays. Cette thérapie nationale serait nécessaire, écrivent les auteurs, car nous vivrions «depuis 1995 beaucoup de désorientation politique, une perte de contrôle de nos institutions et de nos ressources, une influence accrue de la société de surconsommation à l’américaine, un déclin de l’usage de la langue française» en plus de «baigner trop souvent dans une mentalité de vaincus, dans l’isolement des individus, le relativisme intégral (tout se vaut et ne vaut rien) et la rupture avec notre passé».

Visiblement, les auteurs du manifeste ne vivent pas dans le même Québec que des millions de Québécois. Avec un des taux de chômage les plus bas en Amérique du Nord, une industrie culturelle dynamique et toujours en expansion sur la scène internationale, une qualité de vie que bien des Canadiens nous envient, le Québec est loin d’être avachi, amorphe et désorienté, et les Québécois sont loin de vivre dans une mentalité de vaincus. Chaque jour qui passe prouve le contraire.

La planche à dessein indépendantiste est épuisée et usée depuis longtemps. Le manifeste le constate, mais il échoue à offrir un nouveau départ.

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